Kabbale, le jeu des cultistes

Kabbale est le dernier jeu écrit par Laurent Rambour des ex-éditions Game Fu, devenu depuis la fin de l’an dernier, Troisième Œil. Ce jeu de rôle ayant pour thème l’horreur ne vous propose ni de jouer une victime pourchassée par un dangereux psychopathe ni même un brave héro en quête contre le mal et l’indicible, mais d’incarner le membre d’un culte secret voué à une divinité maléfique.

Je me permets cette petite présentation du jeu pour tenter d’aller un peu plus loin que le shitstorm au sujet des premiers visuels présentés sur Facebook par l’éditeur. Le financement participatif lancé lundi sur la plateforme Ulule est un succès puisque le jeu a été financé le lendemain ! Il reste encore plus de 20 jours pour améliorer le jeu en débloquant de nouveaux paliers, à cette heure, le palier couverture rigide a été débloqué.

Le thème et l’ambiance

Sans avoir cherché à édulcorer le thème, ce jeu ne s’adressera bien entendu qu’à un public adulte et averti amateur de fictions borderline. Les principales inspirations du jeu vont des films de Dario Argento, le grand maître italien du Giallo (des films de genre qui mêlent surnaturel, thriller et érotisme) aux œuvres de Clive Barker, le père des Cénobites avec une marque plus forcée sur les délires psychotiques des personnages de William S. Burroughs (surtout connu Le Festin Nu mis en image il y a quelques années par David Chronenberg) régulièrement cité par l’auteur du jeu dans le teaser.

Al a hoché la tête en disant : « C’est une idée, mais tu trouveras peut-être pas mal d’éléments occultistes intéressants aussi chez Yeats, et dans la doctrine kabbalistique.
– Rimbaud se prenait pour dieu, a dit Phillip. C’est peut-être la première condition. Dans la kabbale, l’homme est au seuil de la vie végétative, et entre lui et Dieu il n’y a plus qu’un voile de brume. Mais si tu te projettes effectivement en Dieu, sous la forme du soleil, la vision et la connaissance ne deviennent-elles pas accessibles ?
– Oui, il se peut que tu marques un point, mais n’oublie pas que Rimbaud a fini par échouer, après s’être projeté de cette façon. »

– William S. Burroughs & Jack Kerouac, Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines

Ce jeu s’adresse donc aux inconditionnels de l’horreur, du gore et de l’épouvante, à tout ceux qui rêvent de faire jouer une mini-campagne dans l’ambiance de Rosemary’s Baby, avec Rosemary et les cultistes autour d’elles interprétés par les joueurs.

L’intérêt de ce jeu

Quel intérêt peut-on trouver à jouer ce même cultiste qu’on dégomme à grands coups de Thompson dans la 7ème édition de L’Appel de Cthulhu ? Beaucoup trop de jeux mettent en scène soit les héros ou les victimes dans ce genre de fictions, proposer de jouer de l’autre côté de la barrière (ou du pentagramme dans notre cas) reste assez rare. Le côté pulp devenant de plus en plus présent  relègue de plus en plus l’usage de l’occulte au second plan, présentant les savoirs interdits comme étant la pire solution au problème. Même Cthulhu propose de jouer en mode « pulp » depuis plus de 10 ans ! Dommage de perdre la tentation du mal trop régulièrement dans cette thématique pour devenir plus qu’une course au dégommage de méchants cultistes. Pour une fois, nous sommes ici face à un jeu qui place cette tentation au centre de la fiction.

Vous pourrez donc jouer un vrai anti-héros ! Pas un super-vilain bourré de super-pouvoirs inhumains, ni même un guerre chaotique mauvais qui met à sac toutes les auberges qu’il croise… mais un rôle bien plus en nuances et en profondeur. Restant dans une ambiance assez réaliste, les joueurs incarnent les membres d’une même kabbale liant leur destin avec une entité maléfique. Les raisons et motivations restent aux choix des joueurs permettant aussi de jouer un envieux inconscient envieux qui joue avec des savoirs interdits en l’échange de belles promesses sans prendre la mesure du coût et des conséquences de ses actes, un cultiste dérangé, parfaitement conscient de ses actes, fasciné par le pouvoir que lui apporte l’entité, ou encore une victime ayant atteint le point de non-retour cherchant par tous les moyens à quitter la Kabbale.

Ce jeu propose donc de faire vivre aux joueurs une descente aux enfers, volontaire ou non, mais dans laquelle leurs personnages sont les premiers acteurs. Point très intéressant du jeu : un index appelé l’échelle de Jacob mesure la progression du lien entre l’entité et la kabbale, devenant le principal enjeu des parties.

Pour ma part, je me replonge de suite dans mes romans de Clive Barker en attendant impatiemment de pouvoir faire jouer une première aventure à Kabbale.

Pour financer ce projet, une adresse : https://fr.ulule.com/kabbale-cultistes/

Crédit photographique : extraite de « le Territoire des Ombre : le Monde Interdit » de José Luis Aleman (2010)

Laurent Gärtner

Rôliste depuis plus de 25 ans, j'ai découvert le jeu de rôle à l'époque où L'Œil Noir se vendait en librairie, où Casus Belli publiait SimulacreS et Laelith et où les figurines Ral Partha se vendaient à 10f.

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