L’Empire de l’Imaginaire

Lancé depuis une quinzaine de jours, le projet est financé à 90%, il ne vous reste que deux jours pour apporter votre contribution… Mais pourquoi donc financer L’Empire de l’Imaginaire ?

Si le crédo de nombreux rôlistes ces derniers temps est « parlez moi (réfléchissez moins aussi), jouez plus », à leur grand désespoir, nous sommes dans une période où de plus en plus de monde se questionne sur sa pratique du jeu de rôle, et pour cela, rien de mieux que de se plonger aussi dans son histoire. Il y a deux ans, Sycko avait déjà lancé un financement participatif pour Designers & Dragons (en retard, oui, on sait… mais ça arrive, soyez patient, vous avez sût l’être avec Pavillon Noir non ?), ils reviennent en ce début d’année scolaire avec L’Empire de l’Imaginaire, un nouvel ouvrage sur l’histoire du jeu de rôle, et quelle histoire, puisque nous allons y découvrir la vie mouvementée de Gary Gygax, le principal auteur de Donjons & Dragons.

L’Empire de l’Imaginaire est la traduction de Empire of Imagination écrit par Michael Witwer et publié outre-atlantique en 2015. Voyons un peu cet ouvrage au travers d’une critique de la version non corrigée gracieusement envoyée par l’éditeur.

Un roman ou une biographie ?

Les ouvrages historiques sombrent trop souvent dans le document de référence ou le manuel scolaire. Si Designers & Dragons est assez sympa pour toutes ses anecdotes, il reste difficile d’accès pour quelqu’un qui ne cherche pas particulièrement des informations sur le sujet précis.

C’est tout l’inverse avec L’Empire de l’Imaginaire, l’auteur a voulu écrire une biographie romancée. Construit à partir d’une enquête très fouillée qui dura plusieurs années, le roman contient plusieurs scènettes importante de la vie de Gary Gygax, de sa naissance, jusqu’à son décès en se centrant surtout sur l’oeuvre de sa vie : Donjons & Dragons.

Cet ouvrage est un témoignage honnête et crédible de la vie de cet icône de la culture geek. Composé de chapitres très courts présentant à chaque fois une tranche de la vie de Gary, il se lit très rapidement. Le seul reproche que je pourrais faire à ce choix de narration est que d’un chapitre à l’autre, le lecteur peut se perdre un peu dans la chronologie, plusieurs années passant parfois d’un chapitre à l’autre. Peut-être aurait-il été intéressant d’ajouter une petite chronologie pour situer quand nous sommes ?

Le livre s’ouvre sur l’heure la plus sombre de la vie de Gary Gygax avant de reprendre le cour chronologique des événements : le jour où il quitta TSR, licencié, éjecté, mis au rencard, mais surtout dépossédé de sa création. Ce chapitre donne le ton : une description précise de la scène, nous nous sentons aux côté d’un homme abattu par ce qu’il vient de vivre… Pure fiction ? Scène réelle ? De nombreuses références aux recherches de l’auteur viennent mettre en lumière le réel de la fiction, ou plutôt de l’extrapolation des témoignages des proches de Gary : depuis Mary Jo Gygax-Walker, sa première épouse qui a vu naître Donjons & Dragons, jusqu’à Larry Elmore en passant par son complice Frank Mentzer, toutes les références son regroupées à la fin de l’ouvrage et annotés dans le texte.

Plus qu’une fiction, Michael Witwer est parvenu à combler les vides avec des extrapolations tout à fait crédibles.

Gygax et Donj’

Réduire Gary Gygax essentiellement à Donjons & Dragons est une grave erreur. S’il est sans aucun doute l’inventeur du jeu de rôle, il est aussi un acteur important de la culture geek et cette biographie le replace avec beaucoup de soin dans l’histoire. Au-delà de l’esprit de clocher rôlistique poussant les uns et les autres à nier l’importance d’un auteur face à l’auteur de son jeu de rôle préféré, soyons honnêtes trente secondes, sans Gygax, le jeu de rôle n’existerait simplement pas.

Gygax a participé à la popularisation de la fantasy. Si dans les J-RPG tels que Final Fantasy les personnages progressent avec de l’expérience pour changer de niveau, ça vient essentiellement de Donjons & Dragons. La marque qu’il a laissé sur le monde moderne dépasse largement le jeu de rôle… Et si nous comptions les 12 millions de joueurs de World of Warcraft ?

La lecture de cette biographie apporte un éclairage complémentaire à mettre en rapport avec d’autres ouvrages historiques comme Designers & Dragons (chez le même éditeur) ou L’éveil du Maître du Donjon (aux éditions Glénat). Complémentaires, avec peu de redites, mais surtout aucune incohérence entre ces trois ouvrages, ils forment à mon sens une source d’informations indispensable pour tout ceux qui souhaitent en apprendre un peu plus sur la naissance du jeu de rôle. 


Illustration : couverture de L’Empire de l’Imaginaire réalisée par Jeff Easley en hommage à l’Unearthed Arcana, dernier ouvrage signé de Gygax publié chez TSR avant son départ.

Laurent Gärtner

Rôliste depuis plus de 25 ans, j'ai découvert le jeu de rôle à l'époque où L'Œil Noir se vendait en librairie, où Casus Belli publiait SimulacreS et Laelith et où les figurines Ral Partha se vendaient à 10f.

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