La ballade de Fronin

Il existe des romans ou des jeux où à la lecture d’un synopsis ou d’une phrase d’accroche on se dit « non mais… » et on passe rapidement à autre chose en se faisant vite une image de son contenu.

La Ballade de Fronin d’Etienne Bar est un de ces romans sur lequel je m’étais fait une idée préconstruite : un roman grivois pour rôlistes pervers… Et bien, en l’ayant entre les mains et devant en dire un peu plus à des curieux lors de notre salon du Game In Reims en novembre 2017 aux visiteurs qui s’arrêtaient à notre stand, j’ai pris le temps d’ouvrir ce roman et là, j’ai eu une très agréable surprise !

Le plus dur est de s’arrêter

Et donc, c’est entre deux visiteurs que j’ai ouvert les premières pages de La Ballade de Fronin et d’un coup, hop, nous voilà transporté dans un monde de fantasy que nous découvrons au travers des yeux du héros. L’histoire tout entière est vue sous l’angle de deux personnages principaux, toute la première partie, soit un peu plus des 150 premières pages, nous fait vivre la découverte de Libreterre par l’intermédiaire d’un étranger aux coutumes plus proches de ce que nous connaissons, nous permettant peu à peur d’entrer dans ce monde étrange. L’écriture est très fluide et légère… ça se lit vite, très vite.

L’univers

Fronin, notre jeune héros, commence son aventure après avoir été banni par son père, le baron d’une province en guerre perpétuelle avec ses voisins. Elevé dans des traditions assez proches des croyances médiévales les plus obscures, son esprit va devoir s’habituer aux mœurs libertaires de ses compagnons de route, deux Edrulains originaires de l’île de Libreterre qui ont pour tâche de l’emmener en sécurité loin de la Borène. Et c’est en montrant plusieurs fois sa valeur, qu’il va avoir le droit de découvrir la Tour et recevoir les enseignements réservés à ces mystérieux Edrulains, des émissaires de la paix préservant le fragile équilibre entre toutes les nations des Folandes contre l’esprit vindicatif de l’envahisseur Verrougue.

Fronin découvrira alors une autre façon d’appréhender la vie, il découvrira leur langue, leurs mœurs, mais aussi leur magie, leur pouvoir, mais assez souvent aussi leurs côtés sombres. Etienne Bar nous confie aussi les pensées de Fronin tout au long de son initiation, aux côtés de Néalanne.

Un roman finalement pas en dessous de la ceinture

Il est toujours très facile de se faire des idées préconçues d’une œuvre, dont le jeu se sous-titre d’un « Ne tuez pas vos ennemis, baisez-les », on s’imagine une sorte de monde grivois, humoristique et vite lassant… Alors de quoi peuvent bien parler les romans ? Bien, au contraire, La Ballade de Fronin est tout sauf une parodie d’univers fantasy coquine, d’ailleurs, il n’y a presque aucun détail grivois dans le roman.

Si certains qualifient cet univers de merveilleux et coquin, je le qualifierai plutôt d’utopie fantasy soixanthuitarde, car dans ce monde, ce sont les hippies qui sont au pouvoir !

Ce roman fait surtout réfléchir, alors que le héros à grandit dans un monde patriarcal et belliciste, il découvre qu’en fait, ce mode de pensée n’est pas la généralité dans les Folandes et que ce sont les idéaux utopistes qui sont la norme. Si les auteurs de fantasy ont surtout su aller dans la surenchère de tripes, de sang et de luxure, l’utopie fantasy présentée ici est rafraîchissante et pose finalement une simple question : et si un grand pouvoir magique était entre les mains d’une communauté qui met la vie, la paix et l’harmonie avant tout autre chose ?

Amélie Poulain fantasy ?

Et encore une fois, non ! Ce n’est pas parce que les Edrulains sont pacifistes et qu’ils refusent d’utiliser la violence que ce roman vous sert une fable gnangnan. Il se passe des choses, les héros affrontent de nombreux dangers, Fronin va être constamment face à des dilemmes entre son éducation stricte de Borénan borné pleine de convenances et de non-dits et ses envies de liberté.

Si vous souhaitez jouer ou faire jouer à Friponnes RPG, cette lecture n’est pas conseillées, elle est indispensable et sinon, vous passerez un très bon moment à découvrir les Folandes en compagnie de Fronin.

Un roman d’Etienne Bar aux éditions Stellamaris – 332 pages – 20,00 €

L’acheter sur le site de l’éditeur : Les éditions Stellamaris


Illustration : la carte de Libreterre par John Grümph extraite du jeu de rôle Friponnes RPG

Laurent Gärtner

Rôliste depuis plus de 25 ans, j'ai découvert le jeu de rôle à l'époque où L'Œil Noir se vendait en librairie, où Casus Belli publiait SimulacreS et Laelith et où les figurines Ral Partha se vendaient à 10f.

Les derniers articles par Laurent Gärtner (tout voir)